La Chine vient d’adopter son quinzième plan quinquennal. Parmi ses orientations figure une disposition qui peut sembler technique : renforcer les études nationales et aréales. En effet, cette décision dépasse largement le cadre académique, elle touche à un enjeu stratégique : améliorer l’efficacité de la communication internationale pour un véritable dialogue entre civilisations.
Comprendre les sociétés pour mieux coopérer
Depuis des décennies, les relations entre la Chine et l’Afrique connaissent un développement rapide. Les infrastructures, les projets agricoles, les programmes de formation ou de santé témoignent d’une coopération de plus en plus dense. Mais l’expérience montre qu’aucune coopération durable ne peut reposer uniquement sur les investissements ou les échanges commerciaux. Elle exige une connaissance approfondie des sociétés partenaires.
Un entrepreneur chinois qui travaille en Afrique doit comprendre les pratiques économiques locales et les dynamiques sociales du pays. Dans le domaine agricole, l’introduction de technologies chinoises dans les régions sahéliennes ne peut réussir que si elles sont adaptées aux réalités écologiques et sociales locales. Un étudiant africain qui choisit d’étudier en Chine découvre une société complexe, bien différente des représentations parfois simplifiées qui circulent à l’étranger. C’est précisément à cette interface que se situent les études nationales et aréales : former des spécialistes capables d’analyser les sociétés étrangères avec rigueur et nuance.
Repenser la communication internationale depuis le Sud global
La communication internationale est souvent pensée à travers des cadres dominés par les grandes puissances occidentales médiatiques. Dans ce contexte, les relations sino-africaines offrent un terrain particulier pour repenser les échanges intellectuels et culturels depuis la perspective du Sud Global.
La Chine et de nombreux pays africains partagent des expériences historiques marquées par la colonisation, la quête du développement et la recherche de trajectoires de modernisation adaptées à leurs réalités. Ces expériences créent les conditions d’un dialogue Sud–Sud, dans lequel les sociétés échangent leurs pratiques, leurs idées et leurs visions du monde. Dans cette perspective, la communication internationale ne consiste pas seulement à diffuser un récit national. Elle devient un processus d’apprentissage mutuel, qui est en train de décoloniser les récits occidentaux et d’accomplir une vraie mondialisation.
La culture et la recherche comme vecteurs de dialogue
Plusieurs initiatives illustrent concrètement cette dynamique. Les festivals de cinéma chinois organisés en Afrique, permettent au public de découvrir la diversité des civilisations sino-africaines contemporaines. Les festivals de la culture et du tourisme de Chine offrent également des espaces de rencontre entre artistes, publics et institutions culturelles. Des rencontres comme le Forum de Liangzhu approfondissent dialogue entre les peuples du monde. Des programmes comme « Lire la Chine » ou « Le Prix Orchidée » récompensent les personnalités qui contribuent à une meilleure compréhension de la Chine dans le monde. Ces initiatives montrent que la communication internationale la plus durable passe souvent par la culture, la recherche et les échanges humains.
Les études nationale et aréales comme infrastructure intellectuelle
Dans ce contexte, les études nationales et aréales jouent un rôle structurant. Elles permettent de former des experts capables d’accompagner les projets économiques, culturels et éducatifs à l’international. L’enjeu est de créer une dynamique véritablement réciproque : former à la fois des spécialistes chinois de l’Afrique et des spécialistes africains de la Chine, capables de confronter leurs analyses et de produire des connaissances partagées.
Dans un monde marqué par les tensions et les incompréhensions, la connaissance réciproque devient une ressource stratégique. La communication internationale ne peut produire ses effets que lorsqu’elle s’appuie sur cette connaissance. C’est pourquoi les études nationales et aréales ne constituent pas seulement un domaine académique, elles représentent aussi une condition intellectuelle du dialogue entre sociétés. À ce titre, elles constituent le socle intellectuel de la civilisation mutuelle — la véritable infrastructure du dialogue des civilisations.
LIU Xinyi, enseignante-chercheuse à l’Université de commerce international et d’économie de Pékin (UIBE)
WANG Zhan, professeur à l’Université Normale de Hunan et à l’Université de Tianjin, membre de l’Équipe d’évaluation disciplinaire du Conseil d’État chinois
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